A quoi servent les marches blanches ?

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Directement inspirées de celles lancées lors de l’affaire Dutroux dans les 90es en Belgique, des marches blanches sont organisées depuis quelques années à la Réunion. La dernière en date ayant eu lieu hier au Port, en mémoire du jeune Joshua Dain sauvagement poignardé devant son lycée quelques jours plus tôt. Mais si ces marches ont eu leur effet en Belgique, peut-on en dire autant de la Réunion ? Les violences ne s’arrêtent pas. On a même le sentiment que ça augmente… Alors faut-il revoir la stratégie de prévention ?

Pourquoi ces marches ne fonctionnent pas

Déjà il faut noter qu’il est difficile de mobiliser du monde à la Réunion. De fait, ces marches contre les violences dépassent rarement les quelques dizaines de personnes, la plupart proches de la défunte victime et les autres venant d’associations. Cette faible mobilisation (à comparer aux milliers de Belges dans la rue) a donc peu d’effet de pédagogie sur les gens, ceux-ci prétextant alors que ce n’est finalement pas représentatif de la société et qu’après tout la violence ce n’est pas si grave…

Ensuite il faut bien comprendre les raisons profondes de la violence à la Réunion et elles n’ont rien à voir avec le fait de voir une marche ou pas.

Tout d’abord notre île a une Histoire violente. Héritière de l’esclavage, du racisme lié, puis du travail forcé, la Réunion a fatalement une tradition de violence et cela banalise l’agressivité dans l’inconscient collectif. Le nombre de familles réunionnaises pratiquant l’éducation violente et l’érigeant en valeur est phénoménal. Les artistes ne sont pas en reste. Ousanousava dans l’une de ses chansons faisait l’apologie de la baston sur enfant. Cela n’aide pas à raisonner les Réunionnais sur leurs comportements violents et joue sur leur mentalité. D’ailleurs l’un de nos Présidents de Région est un meurtrier notoire. Ca en dit long sur la société réunionnaise et sa complaisance vis-à-vis de la violence.

Puis il y a les raisons sociales et économiques. On sait que plus une société se trouve dans la précarité, plus elle est encline à céder à la délinquance, au crime crapuleux, à la frustration, bref à toutes les tentations délétères auxquelles on ne serait pas sujet si on menait une vie prospère et de réussite. Or la Réunion compte 80% de sa population sous le seuil de pauvreté… Le terrain est donc très favorable.

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Les solutions

Pour mettre un terme à cette chaîne de violence se passant de génération en génération à la Réunion, il faut donc agir sur ces deux leviers: prévention et développement.

La prévention doit avoir lieu partout. Enfants, familles, quartiers, radios, TV, toute la société doit être touchée par ce message: non à la violence. Pour les enfants, il s’agit bien sûr de les informer de leurs droits à la sécurité et au respect, pour les familles sur leurs devoirs d’éducation et les moyens de sévir sans violenter et pour les jeunes désoeuvrés des quartiers les reprendre en main afin de les réinsérer. Tous les publics doivent être atteints et cela ne pourra se faire sans une vaste et grande politique publique de la prévention, avec des intervenants passant dans chaque classe de chaque école, chaque famille en difficulté sociale et/ou signalée, chaque quartier populaire et désespéré, etc.

D’autre part, l’absence d’emploi et de droit à la réussite est une plaie pour la construction mentale des Réunionnais. Comment rester calme quand on n’a pas d’avenir, quand on meurt de faim ? Les « élus » ont une lourde responsabilité en ne pratiquant pas de politique économique, en laissant perdurer le chômage de masse dans l’île. Indirectement ils sont donc complices de toutes ces violences et parfois meurtres.

Urgence à dégager les politiques réunionnais

Bref la violence est un fléau tel à la Réunion que ce n’est pas avec les actions associatives ponctuelles et les quelques marches blanches qu’on parviendra à l’enrayer. Les seuls moyens, au-delà de la nécessaire répression, sont bien une prévention généralisée et un développement économique accéléré. Cela fait, on pourra espérer une normalisation de notre société en une génération. Il convient donc de se débarrasser des dirigeants actuels incapables de mener ces deux politiques: éducative et économique. Sinon l’île de la Réunion court à sa perte et vers un chaos irréparable dans un très proche avenir.

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