« L’élite réunionnaise n’est pas intellectuelle »

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La corruption à l’île de la Réunion

Il est classique de présenter son île sous le meilleur angle. La mienne a beaucoup d’arguments à avancer, aussi proposer une vision paradisiaque de la Réunion n’est pas une difficulté. Toutefois pour appréhender toutes les subtilités de cette région, il convient d’évoquer ses travers. Travers liés non pas au site mais à ses occupants. En tant que Réunionnais, il est douloureux de devoir mettre en avant les aspects les moins reluisants de mes congénères, toutefois le nier ou l’ignorer ne serait pas leur rendre service.

Pour bien comprendre le microcosme réunionnais, et notamment le monde du travail, composé en majorité de fonctionnaires et d’agents publics, il faut regarder de plus près les institutions, principaux employeurs, qui œuvrent dans ce département. A la tête politique de cette île se trouve une caste d’élus qui depuis des années dirigent sans partage notre île. Il est bien sûr naïf de penser que cela n’arrive qu’à la Réunion, mais ce phénomène a une ampleur et des conséquences bien plus importantes sur ce territoire.

Il est prévisible qu’un homme politique favorise son parti, ses proches au détriment des plus compétents et des plus honnêtes qui n’auraient pas la chance d’être dans ses petits papiers. Situation critiquable certes, mais humaine et compréhensible. Bien qu’en France, cette pratique s’observe dans les plus hautes sphères du pouvoir politique, on peut dans cet abus « apprécier » le fait qu’en général, le « pistonné » est un homme compétent, qui comme l’auteur de sa désignation a fait preuve d’une capacité intellectuelle et de travail, si ce n’est exceptionnelle, au moins décente ! On se retrouve ainsi avec des copains d’abord à la tête de notre pays, mais ces camarades étant pour la plupart passés par l’ENA ou au moins par les bancs de la fac ou de Sciences Po ! Sans préjuger de la qualité de ces formations, on peut constater un certain élitisme intellectuel dans la sélection de leurs élèves. Aussi on peut espérer avoir des dirigeants ayant suivi une formation les préparant un minimum aux plus hautes fonctions.

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Ce pré-requis n’existe pas à la Réunion. Nous sommes en présence d’élus qui, pour se faire élire, achètent des voix. Pour cela différentes pratiques sont courantes: intimidation de la population par des « nervis », prise en charge d’une modique facture d’électricité ou d’eau à 2 mois des élections ou encore faire venir des familles défavorisées sur sa commune via l’attribution de logement. A la Réunion, les Mahorais bénéficient d’ailleurs de ce système, ce qui a créé de véritables villes où se concentre cette population.

Ce qui pourrait passer pour une exception est à la Réunion une généralité et « nous » votons pour celui qui paiera une maudite dette de foyer. Il est regrettable de voir la population locale céder et ne « penser » que sur le très court terme en favorisant des peu scrupuleux au détriment d’hommes de programme. Il n’est toutefois potentiellement pas exclu que ces praticiens de l’achat de votes soient de bons dirigeants ?

Que nenni ! Une fois en place, ceux-ci s’évertuent à placer ouvertement leurs familles et proches à des postes à responsabilité (parfois fictifs) avec salaires à plus de 5.000 euros parfois et avantages. Titulaires de pouvoirs publics, ils attribuent des marchés en échange de « faveurs » pour leurs intérêts personnels au détriment de procédures légales censées contrer ses abus. Cette situation s’explique assez facilement du fait que les élus en place ont passé la quarantaine, n’ont généralement pas de diplôme autre qu’une forte communauté ou un fort patrimoine dans leur bagage. L’élite réunionnaise n’est pas intellectuelle.

Cette situation est malheureuse et n’est pas sans rappeler certains pays d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Est où la corruption est omniprésente. Il est regrettable de voir ça se dérouler sur un territoire français à part entière où la population la plus vigilante baisse les bras devant tant d’injustice.

Achille Doyen

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