Le cas Monti peut-il se répéter à la Réunion ?

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Vous connaissez sans doute Mario Monti. C’est cette personnalité italienne qui prend les commandes de l’Italie en pleine crise de la dette publique dans la zone Euro fin 2011. Alors que la péninsule craint de finir comme la Grèce, le FMI et l’Europe créanciers du pays mettent la pression sur les Italiens pour changer de politique, jugée trop laxiste en matière de finances publiques.

Silvio Berlusconi, 1er Ministre, est donc contraint à la démission par ce contexte trouble et Mario Monti est nommé en remplacement. Professeur d’Economie et ancien commissaire européen, il est apprécié tant au niveau des instances italiennes qu’européennes. Il entame alors une série de réformes des finances publiques et cherche à installer la flexisécurité danoise, afin d’assouplir le marché du travail et ainsi favoriser la croissance. Ce qui permet à l’Italie de retrouver la confiance de ses partenaires.

Transposition possible à la Réunion ?

La Réunion n’est pas l’Italie, mais elle traverse aussi une grave crise. Chômage officiel à plus de 30% (40% à 50% en réalité), les trois quarts de la société sous le seuil de pauvreté, des politiques passifs, sans résultat et très mal élus (fraudes, achats de voix massifs, hold-up des médias, …). Tout légitime la prise de pouvoir par des « non-élus » capables d’inverser la tendance et d’éviter l’explosion sociale.

Emeutes 1

Des élections suspendues ?

Et si Mario Monti a pu travailler sereinement avec son gouvernement de technocrates (la plupart n’ont jamais été politiciens, juste des spécialistes de leurs domaines), c’est grâce à l’assentiment des autorités européennes et du peuple italien. Cela en dépit de la moindre élection. Certains y voient « un coup d’Etat européen », mais il y avait la garantie d’avoir de nouvelles élections au bout. Comme dans les pays en révolution finalement et qui vivent une période transitoire avant de revenir au processus électoral.

Pour quelles réformes ?

A la Réunion, les problèmes sont plus graves et variés qu’en Italie. D’abord le chômage qui nécessite une politique économique, consistant à développer les secteurs d’activité. Ce qui n’a encore jamais été réalisé dans notre île, aussi incroyable que cela puisse paraître. Ensuite la vie chère qui suscite aussi des tensions sociales. Celle-ci appelle également du courage politique puisqu’il s’agit d’en finir avec l’octroi de mer et les abus des monopoles dans l’importation, la distribution et la production agro-alimentaire. Enfin la troisième urgence est d’ordre démocratique. Car aucun département français ne voit ses élections aussi perturbées qu’à la Réunion. Des bureaux de vote qu’on ferme en plein scrutin au vu et au su de tous, des électeurs quémandant des billets à même la rue aux candidats parce que les plus argentés d’entre eux (de l’argent public détourné bien souvent) sont passés par là et des promesses de contrats aidés par milliers sont autant de motifs de contestation de la légitimité des élus (certains le sont à 80% dès le 1er tour…). Ce sera la plus difficile des réformes, tant elle accuse les politiciens actuellement au pouvoir.

Comment répéter ce cas Monti concrètement ?

Mais si Mario Monti a supplanté le gouvernement italien sans heurt, il semble improbable que la classe politique réunionnaise – très égocentrique – accepte de se faire virer par un expert. Ce serait donc à l’Europe et à la France de décider ce changement qui serait facilité en cas de nouvelle crise des finances publiques dans l’Hexagone. L’autre moyen reviendrait au peuple réunionnais lui-même, en se soulevant pour réclamer des dirigeants à la hauteur des enjeux. Cela exige que ces experts soient les meneurs de cette mobilisation populaire. Existent-ils ? Sont-ils rassemblés ? Sont-ils prêts ? L’avenir nous le dira.

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