Rétrospective 2012 : Emeutes de Février

Mi-février quelques citoyens se regroupent devant la Mairie de la Plaine des Palmistes. Leur rencontre consiste à échanger sur le problème de la vie chère. Ils ne sont qu’une poignée, mais vont générer un tsunami politique et social qu’ils ne soupçonnent pas.

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Les Indignés Péi

Se sentant un peu isolés, ils passent un coup de fil à Radio Freedom pour inciter les auditeurs de la commune à les rejoindre. Ils ne sont pas entendus. En revanche, cet appel donne l’idée à d’autres Réunionnais de se retrouver devant leurs mairies. Cela commence à Saint-André, puis plusieurs autres communes sont touchées par cet élan spontané et citoyen. Ainsi chaque soir devant une bonne dizaine d’Hôtels de Ville de la Réunion, des gens se rencontrent et débattent. La presse les surnomme alors les « Indignés Péi », par opposition aux Z’indignés de 2011 réputés pour être majoritairement zorèy.

Mais la première semaine de mobilisation passée, le mouvement s’essouffle déjà. Car ni idée, ni leader n’émerge de cette masse citoyenne floue et n’arrivant pas à se coordonner, ni à se projeter dans l’avenir.

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Les transporteurs

C’est alors que Jean-Bernard Caroupaye saisit ce moment de flottement pour lancer son propre mouvement contre le prix de l’essence. Chef d’entreprise dans le transport, il réunit autour de lui une intersyndicale des professionnels de la route. Des associatifs contre la pauvreté tels que Patrick Savatier s’ajoutent même au collectif. Les transporteurs organisent des opérations escargot et des blocages à des points stratégiques, provoquant ainsi des embouteillages énormes et une paralysie partielle de la Réunion. Mais là encore la mobilisation manque d’organisation et Caroupaye est jugé comme un meneur fragile et indécis. Les associatifs quittent alors l’intersyndicale des transporteurs, celle-ci se divisant à son tour.

Néanmoins grâce à leurs actions, Jean-Bernard Caroupaye et ses alliés obtiennent des réunions régulières avec l’Etat, la SRPP et d’autres acteurs à la Préfecture. Mais celles-ci se suivent et ne donnent aucun résultat. Un soir de fin février, en assemblée générale à même la rue, Jean-Bernard Caroupaye la voix tremblante déclare qu’il accepte une énième réunion à la Préfecture. Il se trouve alors dans la commune du Port et des jeunes présents autour de lui crient au scandale, lui arrachent le micro et appellent à la guerre.

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Les émeutes

Éclatent alors les émeutes de Février 2012. D’abord situées au Port, elles se répandent vite au Chaudron. Un quartier emblématique de la Réunion pour avoir déjà connu de grandes émeutes en 1991. Les jours suivants d’autres quartiers chauds de l’île imitent l’embrasement, notamment à Saint-Benoît et Saint-Pierre. Des centaines de militaires de métropole sont appelés en renfort, car les destructions de biens deviennent importantes. Plus aucun commerce n’ose ouvrir en soirée, plus aucun badaud ne s’aventure dans les rues. Certains maires décrétant même le couvre-feu.

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Les coulisses des événements

Mais au-delà du râs-le-bol légitime de certains manifestants, rapidement des questions se posent sur les mobiles des casseurs. Car ceux-ci ne semblent pas vraiment concernés par le débat et ne veulent qu’une chose: casser et en découdre avec les forces de l’ordre. Plusieurs observateurs notent alors que les émeutes ont éclaté le jour de la déclaration de candidature aux Législatives de Huguette Bello. Or celle-ci se présente contre son propre parti le PCR. On en déduit que les émeutes auraient été déclenchées pour zapper ce fait politique qui crée une scission historique au sein du parti politique. Autre motivation avancée: l’indépendance. Depuis longtemps le PCR souhaite l’indépendance de l’île. N’y arrivant pas par les urnes, les Réunionnais ayant toujours refusé, ils compteraient réussir via une révolution. En créant un chaos et en étant les meneurs, ils espéreraient ainsi engendrer des violences si incontrôlables que l’Etat serait alors obligé de renoncer au maintien de l’ordre et de négocier avec le parti une sortie de crise. Négociation qui acterait évidemment l’indépendance et les pleins pouvoirs au PCR.

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Le sens des responsabilités d’Eric Beeharry

Redoutant cette fin catastrophique pour la Réunion (toute l’économie est subventionnée et un départ de la France serait synonyme de misère absolue pour tous), des responsables politiques contactent alors très officieusement Eric Beeharry le leader du mouvement citoyen Ensemble. Issus de la Droite, de la Gauche départementaliste, mais aussi de la haute fonction publique, ils lui demandent d’intervenir auprès des manifestants afin de calmer le jeu. Car sachant Eric Beeharry attaché à la France et populaire dans la jeunesse et chez les Indignés, ils pensent qu’il saura rediriger les rebelles dans le bon sens.

Mais ses contacts de terrain lui font remonter que les casseurs sont alcoolisés et surtout achetés, que le mouvement ne prend pas du tout dans les quartiers, des habitants du Chaudron se battant même avec des émeutiers venus d’ailleurs. Le leader de Ensemble décide donc de ne pas ajouter de l’huile sur le feu et parie sur un essoufflement rapide des émeutes. L’Histoire lui donne raison peu après.

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Les politiques repoussent l’échéance

La suite tout le monde la connaît. Les politiques sont réunis en Préfecture avec des patrons de la grande distribution et de l’agro-alimentaire. Les collectivités les subventionnent en échange d’une très légère et temporaire baisse des prix sur une liste de produits. Mais rien n’est réglé sur le fond, la Réunion ne se dirigeant ni vers la concurrence, ni vers le développement économique et l’octroi de mer étant toujours ponctionné sur les consommateurs. La crise sociale reviendra donc inéluctablement.

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