Incendie du Maïdo, 1 an après…

Un an après l’incendie dit du Maïdo (et qui a hélas largement dépassé celui-ci), l’heure du bilan sonne. Que retenir de ces évènements ? A-t-on tiré les leçons ? Eric Beeharry, acteur de la crise, revient pour nous sur cet épisode tragique de notre île durant lequel 3 000 hectares sont partis en fumée en quelques jours.

Eric Beeharry, quel souvenir gardez-vous des premiers jours de l’incendie de l’année dernière ?

Mitigé. Les pompiers pensaient circonscrire le feu sans trop de difficultés. Tout le monde imaginait que ce serait vite maîtrisé. Puis on a réalisé que loin d’être naturels, ces feux étaient allumés en divers endroits par un ou des pyromanes. Ce qui compliquait d’autant la tâche des pompiers qui devaient régulièrement faire face à de nouveaux foyers et à une extension constante de l’incendie ou plutôt des incendies.

Les autorités ont-elles été à la hauteur ?

Certainement pas. Le préfet a mis du temps à prendre en compte les remarques des pompiers. Ces derniers considéraient à juste titre qu’il leur fallait des moyens supplémentaires, notamment aériens. Mais le préfet ignorait bizarrement ces demandes des professionnels. Ce qui a aidé l’incendie à passer d’une taille moyenne à très grande. De même il y a aussi eu une irresponsabilité médiatique et politique.

C’est-à-dire ?

Alors que les pompiers réclamaient des bombardiers d’eau, l’ensemble de la presse locale lançait une vaste campagne de désinformation, affirmant que les avions n’étaient pas nécessaires. De fait, les journalistes locaux (si on peut appeler ça journalistes) devenaient les amis du feu et les ennemis de la Réunion. Quant aux élus ils ont brillé par leur passivité, voire même indifférence pour certains.

Vous voulez dire que les politiques n’ont rien fait ?

Rien. Certains fêtaient joyeusement Halloween au pire de la crise ! C’est vous dire l’intérêt porté à la Réunion… Quant à ceux qui faisaient mine de se mobiliser, ils manquaient singulièrement d’imagination. Car en fait de mobilisation, ils se sont contentés de regarder le feu les bras croisés. Déconcertant…

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Et vous, qu’avez-vous fait ?

Quand j’ai compris que les pompiers n’y arriveraient pas seuls et que les politiques ne les aidaient pas, je me suis demandé ce que je pouvais faire pour notre île qui partait en fumée et contre ce feu qui menaçait même les villes… J’ai alors alerté mes contacts. D’abord les amis à la Réunion, en leur disant de répandre la nouvelle comme quoi les pompiers avaient besoin des bombardiers d’eau basés en métropole. Ils l’ont fait et la chaîne de solidarité a vite pris (autour de mon groupe Facebook de plus de 2 000 membres). Si bien que rapidement nous avons pu obtenir une pétition de 20 000 Réunionnais. Du jamais vu ! Entre-temps j’ai aussi contacté mes amis de métropole, notamment des Indignés et des politiques de tous bords. J’ai eu quotidiennement au téléphone Corinne Lepage, députée européenne, ancienne ministre de l’Ecologie et présidente de CAP21 qui nous a vite témoigné son soutien. Elle a alors usé de son influence auprès du gouvernement et du Président de la République qu’elle connaissait personnellement. Cela a eu son effet dans le déblocage de la solution, mais pas seulement. J’ai aussi appelé la presse métropolitaine pour qu’elle relaie l’info. Car il faut bien se remémorer qu’en dehors des Réunionnais, personne n’était au courant de ces incendies géants et encore moins du besoin des avions. C’est d’abord Julie Saulnier de l’Express qui a répondu présent. Après un échange téléphonique, elle a accepté de relayer notre appel à l’aide. Puis c’est Atlantico – que je connaissais déjà – qui a publié ma longue tribune, celle-ci ayant été lue par des millions de Français (et transmise au gouvernement). C’est alors que l’effet boule de neige a pris et le reste de la presse nationale a enchaîné jusqu’aux JT de France 2 et de TF1, contournant le blocus absurde que nous imposaient la presse et les autorités réunionnaises. Les Dash 8 arrivaient peu après…

Corinne Lepage 1

Un an après, pensez-vous qu’on a tiré toutes les leçons ?

Oui et non. Oui, car depuis quelques semaines un Dash 8 est basé à la Réunion. Il a déjà bien servi et évité d’autres incendies. Du côté de la nécessité de moyens aériens, on a retenu la leçon. En revanche, je crains que rien n’ait changé aux niveaux médiatique et politique. La presse réunionnaise est toujours aussi menteuse. Les politiques toujours passifs et incompétents. On l’a encore vu récemment avec la crise requins où des élus étaient ravis que des surfeurs meurent, sur fond de racisme…

Comment expliquez-vous cette incompétence généralisée aux commandes de la Réunion ?

La presse et la politique fonctionnent singulièrement à la Réunion. Ce n’est pas sur critère de compétence qu’un rédacteur en chef recrute un journaliste. Ce n’est pas sur ses qualités qu’un parti choisit un candidat et futur élu. C’est toujours sur sa docilité et son ignorance. De fait quand il arrive des crises comme les incendies, il y a lenteur dans la réaction puis faiblesse dans l’analyse et décision. Aucun résultat donc.

La mobilisation citoyenne est donc la seule issue à la Réunion ?

Les Réunionnais ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Régulièrement ils l’ont compris et se sont ainsi organisés. Lors des incendies, mais aussi lorsque Marine le Pen est venue contaminer les esprits en février 2012 et quand la crise requins a éclaté avec le racisme latent des politiques réunionnais. A chaque fois il a fallu une action citoyenne pour ramener la raison et prendre enfin les bonnes décisions. A chaque fois le mouvement citoyen Ensemble a servi de référence, de point de ralliement à ces engagés de tous bords. Alors si je peux aider les Réunionnais à résoudre toutes leurs autres urgences (notamment sociales et économiques) par une nouvelle action de masse prochainement, je répondrai présent encore une fois.

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