Toxic clashe les politiques

Toxic, vous avez écrit une chanson Le cri du peuple. Comment vous est venue l’inspiration ?

L’inspiration m’est venue en voyant des élus au tribunal et condamnés, mais toujours au pouvoir. Je suis à l’écoute des quartiers, je vois des « ras-le-bol » tous les jours. Il suffit d’écouter les radios et les actualités pour voir que le peuple réunionnais en a marre. Même si les médias ne montrent pas forcément la vérité.

Tout le monde en a marre de voir les mêmes politiques corrompus et pourtant ils sont réélus. Le boycott médiatique des autres candidats et l’abstentionnisme (jusqu’à 70%) jouent leur rôle dans cet immobilisme politique. Mais les Réunionnais se laissant acheter par les contrats aidés, le réglement de factures, l’argent liquide et l’alcool n’ont-ils pas aussi leur part de responsabilité ?

La Réunion est l’une des régions de France ayant un nombre considérable de contrats aidés. C’est de cette façon que les personnes travaillant pour les élus deviennent de potentiels électeurs et que les élus ont un moyen légal de faire pression sur eux. Ces employés électeurs acceptent cette situation dans l’espoir d’obtenir un jour un contrat indéterminé et d’en finir avec cette vie précaire. En contrepartie, ces élus se font élire et réélire chaque année. C’est un cercle vicieux. L’employé accepte la situation, il a peur de ne pas retrouver du travail et revote pour le même élu et continue d’attendre son contrat.

dictateur2

Peu d’artistes osent en parler. Comment l’expliquez-vous ?

Certains artistes en parlent, mais sont boycottés. Les médias ont tendance à mettre en avant la musique festive, afin de divertir le peuple. Malheureusement en l’écoutant, on oublie qu’on est manipulé.

Pensez-vous que cette loi du silence dans les médias s’applique aussi dans la population ?

Une partie de la population réunionnaise veut faire bouger les choses et comprend la corruption et la manipulation. L’autre partie ne réfléchit plus et suit le troupeau: des moutons bloqués dans la routine !

Vous observez les quartiers populaires et la jeunesse. Quelle est votre impression ? Pensez-vous que des émeutes comme celles de Février 2012 sont possibles dans un avenir proche ?

Les émeutes de Février 2012 ont peut-être été mal vues par certains. Mais quand on y réfléchit bien, il y a forcément un malaise quelque part pour arriver à un tel soulèvement du peuple. Les jeunes d’aujourd’hui sont les premières victimes de la crise. Ils ne perçoivent rien de 18 à 25 ans, s’ils ne sont pas scolarisés. Ils ne trouvent pas non plus de travail, puisqu’ils n’ont pas le niveau d’études nécessaire ni l’expérience.

Nous sommes arrivés à une génération où certains jeunes n’auront jamais un travail stable et n’ont même jamais vu leurs parents travailler. J’observe un vrai malaise dans notre société d’aujourd’hui et je pense qu’il faut arrêter de blâmer les petits créoles, parce qu’ils en ont marre de cette situation.

Si un mouvement de Réunionnais, réunis en dehors des partis politiques traditionnels, élaborait des propositions économiques fortes pour atteindre le plein emploi, cela vous intéresserait ?

Je suis prêt à donner mes idées, mon avis sur certains points. Il existe des personnes compétentes dans dans ce domaine pour régler ces problèmes. Et c’est d’ailleurs dans le but de les réveiller que j’écris.

Publicités